Arrestation en Norvège du leader séparatiste camerounais Lucas Ayaba Cho : ce que l'on sait

[Politique] Lucas Ayaba Cho, figure influente du mouvement séparatiste anglophone camerounais, a été arrêté en Norvège mardi dernier. Cette arrestation pourrait mener à une extradition vers le Cameroun, où il encourt une peine de 30 ans de prison.
Arrestation en Norvège du leader séparatiste camerounais Lucas Ayaba Cho : ce que l'on sait

Une arrestation qui marque un tournant dans le conflit anglophone

Lucas Ayaba Cho, l'un des principaux leaders séparatistes du Cameroun, a été arrêté mardi en Norvège par la police criminelle norvégienne (Kripos), pour son rôle présumé dans le conflit armé qui déchire les régions anglophones du pays depuis 2016. Selon Kripos, Ayaba Cho, âgé de 52 ans, aurait un rôle central dans les violences commises au Cameroun, où il milite pour l'indépendance des régions anglophones au sein de l'Ambazonia Governing Council (AGovC).

L'arrestation de Cho repose notamment sur des accusations liées à ses déclarations sur les médias sociaux, d'après son avocat, Morten Engesbak. Le Tribunal de district d'Oslo a ordonné sa garde à vue pour une durée de quatre semaines. Pour Emmanuel Nsahlai, avocat représentant certaines victimes de la crise anglophone, cette arrestation est une victoire significative contre la violence séparatiste. « Cette arrestation marque une étape cruciale pour rendre justice aux victimes », a déclaré M. Nsahlai.


Une possible extradition vers le Cameroun sous le signe de l'incertitude

La question de l'extradition de Lucas Ayaba Cho vers le Cameroun reste en suspens. Selon un fonctionnaire camerounais, un accord de sécurité entre la Norvège et le Cameroun pourrait permettre cette extradition dans les jours à venir. Si cela se concrétise, Cho pourrait être condamné à une peine de 30 ans de prison pour incitation à commettre des crimes contre l'humanité. C'est la première fois que la Norvège arrête un individu pour de telles accusations.

La procureure norvégienne Anette Berger a souligné que la Norvège a une « responsabilité internationale de s'assurer qu'elle ne devient pas un refuge pour les personnes qui commettent des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité ». Les enquêteurs norvégiens devraient se rendre au Cameroun pour rassembler des preuves et interroger des témoins afin de faire avancer l'enquête.

Contexte du conflit et réactions internationales

Le conflit dans les régions anglophones du Cameroun, qui a débuté en 2016 après la répression violente de manifestations pacifiques, a fait plus de 6 000 morts et forcé plus d'un million de personnes à fuir leur domicile, selon International Crisis Group. Les tensions entre la minorité anglophone, représentant environ 20 % de la population, et le gouvernement central francophone ont donné naissance à des groupes armés comme les Ambazonia Defense Forces (ADF), dirigés par Cho.

Lucas Ayaba Cho est une figure controversée connue pour ses prises de position intransigeantes et ses appels à la violence. En janvier 2017, il avait déclaré avoir survécu à une tentative d'assassinat après une réunion de dirigeants séparatistes en Belgique. Depuis, il a dirigé des campagnes de boycott, notamment en ordonnant un confinement de deux semaines et en imposant une « taxe de libération » dans les régions anglophones.

La communauté internationale observe attentivement l'évolution de la situation. En février 2024, l'avocat Emmanuel Nsahlai avait demandé une enquête à la Cour pénale internationale (CPI) et avait informé l'ambassade de Norvège aux États-Unis, qui avait assuré sa détermination à lutter contre l'impunité. Si la Norvège et le Cameroun coopèrent pour faire avancer l'enquête et que les accusations sont confirmées, l'affaire de Lucas Ayaba Cho pourrait bien devenir un tournant dans le règlement de la crise séparatiste camerounaise.

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