[Economie] Malgré les financements massifs de la Banque africaine de développement (BAD), de nombreux obstacles freinent l'impact réel des projets au Cameroun. Le point.
Des milliards investis depuis 1972, mais des défis majeurs subsistent
La Banque africaine de développement (BAD) collabore avec le Cameroun depuis 1972, accumulant un portefeuille de près de 2 960 milliards de Fcfa, soit environ 4,9 milliards de dollars. Actuellement, 23 projets sont en cours de réalisation, représentant une enveloppe de 906 200 milliards de Fcfa. Selon la Caisse autonome d'amortissement (CAA), la BAD se positionne comme le deuxième prêteur multilatéral du pays, après la Banque mondiale, au premier semestre 2024.
Pourtant, malgré ces investissements conséquents, les retombées pour les populations camerounaises restent limitées. Serge Marie N'Guessan, directeur de la BAD pour le Cameroun, a récemment souligné les lenteurs persistantes dans l'exécution des projets financés par l'institution. Bien que le portefeuille ait été assaini depuis 2021, de nombreux défis opérationnels perdurent.
La priorité aux infrastructures : un engagement insuffisant
Le gouvernement camerounais et la BAD ont convenu de donner la priorité aux infrastructures, avec 54 % des projets en cours sous la responsabilité du ministère des Travaux publics (Mintp). Pourtant, seulement 9 % du réseau routier national est bitumé, y compris dans les zones agricoles stratégiques. Dans un contexte de politique d’import-substitution, ces retards pénalisent les échanges commerciaux locaux.
La BAD prévoit de doubler ses investissements au Cameroun au cours des cinq prochaines années, pour atteindre environ 6 000 milliards de Fcfa. Cependant, pour maximiser l'impact de ces financements, des efforts doivent être faits pour améliorer la capacité d’exécution des projets et la qualité des dépenses publiques.
Accélérer la cadence : un objectif ambitieux mais réalisable
Lors d’une interview télévisée, N'Guessan a exprimé son optimisme face à l'engagement des autorités camerounaises à accélérer la mise en œuvre des grands projets structurants. L’objectif est de passer de 7-8 ans pour la réalisation de certains projets à 4-5 ans. Cette accélération permettrait de répondre plus efficacement aux besoins des populations, en particulier dans les zones enclavées.
Malgré cette ambition, les obstacles restent nombreux. Lors de la 50ème revue trimestrielle des projets financés par la BAD, tenue en février 2023 à Douala, plusieurs difficultés ont été relevées : lenteurs dans la passation des marchés, délais dans le déblocage des fonds, et faible qualité des demandes de paiement. Pour que les financements de la BAD produisent les effets escomptés, une volonté ferme de la part des autorités est indispensable.
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